J'étais en train de ruminer seul dans mon coin sur la lenteur des services médicaux quand, certainement intriguée par les marques sur mon cou et mon bras en écharpe, elle m'a demandé les raisons de mon état pitoyable. Je lui ai expliqué que tout cela était parti d'une simple "divergence d'opinion", ce qui n'a pas manqué de la faire sourire. D'abord un peu inquiète, elle s'est peu à peu confiée à moi. Elle attendait des nouvelles de son mari, hospitalisé en urgence des suites d'une defaillance cardiaque. J'ai également appris qu'il y'a trois mois de ça, elle avait perdu sa plus jeune fille, emportée à l'âge de 26 ans par un cancer. On a beau se sentir malheureux, quand on entend un truc pareil, on réalise très vite que les problèmes sont le lot quotidien de tout le monde. Je pense que je me rappellerais toujours d'elle, mais plus particulièrement d'une phrase qu'elle m'a dite lorsque j'ai évoqué quelques uns des problèmes que j'avais rencontré ces derniers temps.
"La vie, c'est un peu comme des montagnes russes, une fois dedans, plus question de redescendre. Y'a des hauts, des bas, et parfois, on se retrouve carrément la tête à l'envers. Ca va très vite, et si au début on espère que ça finira rapidement, à la fin on donnerait n'importe quoi pour recommencer et en profiter encore plus. "
C'est sur ces mots qu'elle s'en est allé demander des nouvelles de son mari, non sans m'avoir remercié de lui avoir accordé un peu de mon temps.
J'ai passé quatre heures de plus aux urgences et je ne l'ai pas revu. J'espère sincèrement que les choses se sont arrangées pour elle et son mari.
Et vous savez quoi?
Je vais me cramponner au wagon, car même si ça secoue encore, je commence à apprécier mes montagnes russes, et je suis loin d'avoir fini mon tour...
